Tunisie : quand le camp des progressistes exulte

Dans quelques heures, ou les jours qui suivront, l’Instance supérieure indépendante pour les élections viendra confirmer ce qui ressemble bel et bien à un séisme dans le ciel politique tunisien, c’est-à-dire la victoire aux législatives de Nidaa Tounès (38, 24 % des voix) face à Ennahda (31, 35 %). Un heureux dénouement qui va enfin permettre à ce pays de Bourguiba de souffler un peu. De laisser la place à un concert de klaxons, à un climat social plus serein, plus rassurant dans le temps.

Quelques explications, tout de même. Si le parti des islamistes a subi ce revers, c’est qu’il y avait chez les Tunisiens ce souci de ne pas répéter les graves erreurs de la dernière consultation, qui avait vu les partisans de Rached Ghannouchi prendre la direction du pays.

Et puis, l’immense majorité de ces trois millions d’électeurs ne voulait guère changer de modèle de société, celle dans laquelle la liberté des femmes serait protégée. Choisir Ennahda aurait signifié retourner en arrière. Epouser l’obscurantisme contre le progressisme. Démolir tout ce dont les jeunes s’étaient évertués à construire lors du printemps arabe.

Troisièmement, il est évident que Nidaa Touns ne pourra pas diriger la Tunisie tout seul, puisqu’il n’a pas eu la majorité des voix. Il fera donc appel à d’autres formations politiques, à une équipe coalisée pour gouverner. Sorte de fourre-tout, et dirigé par Béji Caïd Essebsi (un vieux dinosaure de 88 ans et ancien compagnon de lutte d’Habib Bourguiba), Nidaa Tounès se doit - en tout cas s’il ne souhaite pas que la cohorte des barbus reprenne rapidement le gouvernail étatique - de ne point décevoir les espoirs qu’il porte aujourd’hui, de ne pas oublier les cris de ces jeunes qui cherchent un job.

Guillaume Camara

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