Rina Sherman chez les Ovahimbas

Il ne vous reste plus que quelques heures seulement pour vous rendre à la Bibliothèque nationale de France-François Mitterand à Paris afin d’y découvrir la merveilleuse exposition que Rina Sherman consacre à ses « années Ovahimbas ». Un peuple qui vit à proximité d’une rivière, Kunene, perdue entre la Namibie et l’Angola. Là, c’est la musique d’une certaine Afrique éternelle qui retentit, celle qui a daigné échapper à tous les coups de boutoir de la modernité, celle qui a préféré conserver la virginité civilisationnelle de son identité.

On le voit à travers ces portraits d’hommes, de femmes et d’enfants, ces documents sonores : quel voyage ! quelle immersion dans le temps ! Pourtant, ces personnes, si distinguées, si belles par leur allure, c’est « tout à fait par hasard » que Rina Sherman (photo) est allée à leur rencontre. A l’époque, elle était commissaire d’une exposition de films de Jean Rouch en Afrique australe, et réalisait parallèlement un travail sur la danse. « Avec cette communauté d’Etanga, je puis dire que j’ai vécu le plus grand privilège de ma vie. Ce sont des gens qui ont une élégance extraordinaire ».

Sept ans durant, Rina Sherman a ainsi partagé leur quotidien, leurs rires, leurs joies mais aussi leurs peines. Une aventure qui a nécessité une préparation en amont : « Avant de m’y rendre, il a fallu que je me procure des batteries. Que je trouve des panneaux solaires, l’essence pour le véhicule, le téléphone-satellite, un ordinateur. Tout cela grâce à l’aide des mécènes, notamment le Centre national du cinéma, le Ministère des Affaires étrangères… » « Je n’ai jamais été malade. Le seul danger était dû à la défectuosité des routes ».

Anthropologue, enfant d’Afrique du Sud ayant quitté sa terre natale à cause du régime ségrégationniste d’alors, Rina Sherman vit à Paris depuis 1984. Elle estime que la Ville-Lumière peut être aussi un endroit où l’on peut faire de l’ethnographie. Pas seulement en Afrique. « Ce qui est important, c’est d’avoir le consentement mutuel des personnes rencontrées. C’est un travail qui exige beaucoup de responsabilité et de respect. Par exemple, il y a certaines images que je n’ai pas souhaité montrer. »

Ce qui est tout à son honneur. D’ailleurs, ces fonds multimédia qu’elle a généreusement offerts à la Bibliothèque nationale de France, elle a voulu que les chercheurs namibiens aient accès. Sans qu’il y ait aucun obstacle, aucune restriction.

Guillaume Camara

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