Français arrogant en Afrique ? Oui, pense Glaser

Si l’on était un pote d’Antoine Glaser, on lui aurait d’emblée dit : « Quel culot Antoine d’oser appeler ton dernier essai : « Arrogant comme un Français en Afrique » ! ». Pourtant derrière ce titre provocateur, incisif, c’est tout un diagnostic savant et intelligent, que se livre l’ancien directeur de la Lettre du continent sur les rapports entre la France et ses anciennes colonies francophones d’Afrique, pendant ces quarante dernières décennies écoulées.

Son constat est d’affirmer que la France « ne s’est jamais véritablement intéressée à l’histoire du continent africain ni à sa complexité sociale ». Quand bien même, elle avait dans ses mains des rapports circonstanciés pouvant l’y aider. Ainsi, elle aurait pu apprendre que derrière « l’Afrique du jour », celle des dizaines de milliers d’expatriés, perdure une « Afrique de nuit », plus traditionnelle, qui échappe à la surveillance étatique.

Un désintérêt qui a provoqué chez elle un réveil difficile, une stupeur, notamment avec la résurgence des sultanats, comme celui du Kanem-Bornou, dans le bassin du lac Tchad, aujourd’hui fief de Boko Haram. Et sa mise à l’écart de l’attractivité économique dont jouit actuellement ce continent. Un continent appelé à devenir en 2050 le quart de la population mondiale. Soit plus de 2 milliards d’habitants.

Or, des rapports parlementaires, il y en a eu pour alerter la classe politique de l’Hexagone. Il suffit d’écouter le député socialiste de Saône-et-Loire, Philippe Baumel : « D’une certaine manière, la politique africaine de notre pays reste à inventer. (…) On a en effet quelque difficulté à lire une stratégie, on peine à voir le rôle que la France prétend jouer à long terme en Afrique. » Les parts de marché des entreprises françaises sont passées de 16 % en 2000 à moins de 10 % en 2010, alors que celles de la Chine croissaient de 4% à 16 % sur la même période. Quant à Hubert Védrine, ex-ministre des Affaires étrangères, il exhorte dans son rapport, Un partenariat pour l’avenir, « de réinvestir au plus vite la présence économique extérieure française en Afrique subsaharienne », où vivront, en 2060, 85 % de francophones.

Arrogant comme un Français en Afrique, Antoine Glaser, Fayard, 187 p., 17 euros.

Guillaume Camara

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