Lecteur émerveillé de Léopold Sédar Senghor, Olivier Onic est un photographe français. Il a 43 printemps. A Africanus, il célèbre la photographie africaine et exhorte les photographes du continent noir à reprendre le pouvoir. Entretien.


Qu’est-ce qui vous a amené à vous consacrer à l’Afrique à travers sa photographie ?


-  Je commencerai à dire que ce qui m'a amené à la photographie tout court : c’est l'écriture. Une envie très forte d'illustrer ce que j'écrivais, une envie aussi par là même d'écrire « en photo » : chacune de mes photos a une histoire, elle correspond à une émotion, une sensation ; quelque chose qui m'a fait vibrer à ce moment là et qui a fait que j'ai poussé le déclencheur. Comme l'écriture, la photo fixe des moments, sans forcément les figer. Est-ce que cela correspond aussi à un désir de laisser des traces ? Je ne sais.... Alors venons-en plus précisément à votre question : la photographie africaine. Elle vient d'un très ancien amour que j'ai pour cette terre d'Afrique. J'ai 43 ans et j'en avais un peu moins d'une dizaine quand cette passion m'a touché, un peu comme une grâce. J'ai toujours pensé que c'est de l'Afrique que viendra l'avenir parce que nous sommes toutes et tous des enfants de ce continent qui recèle non seulement des matières premières mais surtout des ressources humaines immenses, pleines de vie et d'envies malgré tout. Je dis malgré tout en pensant aux malheurs qui accablent l'Afrique... mais justement l'Afrique est loin de n'être qu'une terre de douleurs même s'il est imbécile de les nier. Considérant que la femme africaine, tous âges confondus, est la plus belle du monde. J’en suis venu tout naturellement à la photographier dans toute sa beauté : visage, rondeurs, façon de marcher ou de s'habiller et bien évidemment couleur de peau. Pour le photographe amoureux d'esthétisme et de courbes, la femme africaine est un trésor inestimable : quelle autre peau peut donner de si beaux reflets ? De si belles teintes différentes certes d'un corps à l'autre mais aussi dans un même corps ? Mais réduire la femme à une photo ne m'intéressait pas : s'est en même temps imposée l'idée qu'à travers elle c'était l'Afrique tout entière que je voulais célébrer dans toute la richesse de sa diversité, de ses cultures, de ses façons de vivre.


En quoi la photographie africaine est-elle différente des autres ?


-  La photographie africaine est différente de par les chemins que l'on emprunte pour y arriver et la pratiquer. On ne photographie pas l'Afrique comme on photographie l'Europe par exemple. Je passe sur la technique photo qui est bien sûr différente de par la couleur de peau ou la lumière, même si c'est important, pour en venir au fait. Il y a un rythme de vie et un rapport au temps africain, il y a une façon de voir africaine, il y a une manière africaine d'appréhender la vie. Il faut donc que le photographe s'attache à les retranscrire ce qui implique de les épouser, les comprendre ne suffisant pas. Pour un Européen la chose n'est pas aisée. J'ai toujours attaché une grande importance à me fondre dans la culture : spirituelle certes en lisant par exemple des livres d'auteurs africains ou en écoutant de la musique mais aussi parler un minimum la langue : wolof, pulaar, soninké ou linguala pour ne citer que celles-ci. Il y a aussi toute la culture que j'appellerai quotidienne : la cuisine, la façon d'être ou de se tenir, la culture qui fait ce que les Africains sont. Il me semble impensable de ne pas s'intéresser à tout cela, d'abord par respect de l'Autre et aussi parce que toute cette richesse humaine est formidablement révélatrice de ce que nous sommes tous.

 
Pourquoi dans vos clichés, les femmes sont omniprésentes ?


-  Ah, très bonne question. En effet les visages féminins sont omniprésents. Et toutes sortes de visages : je veux dire qu'une cambrure par exemple peut être un visage. Parce que le visage de toutes ces femmes est le visage de l'Afrique, dans toute sa diversité. J'aime aussi photographier les détails : un oeil, une pigmentation de peau ou ses reflets, une main, un mouvement de bouche, de bras..., la rondeur d'une fesse ou le plein et le délié d'une cambrure. Alors oui pour moi tout ceci est le visage de l'Afrique. Un auteur amoureux du Bénin écrivait dans un de ses livres : « Les Africains sont la dernière poésie du monde »... Cette phrase m'a marqué et je la ressens très fort. Je voudrais que chacun de mes clichés montre toute cette poésie. 


A votre avis, cette photographie africaine a-t-elle un avenir ?


-  Sans hésitation : oui. Je vais me rendre en Afrique prochainement pour voir ce qu'il est possible de faire sur le plan photographique et notamment par exemple rencontrer des photographes africains et envisager des collaborations. Ces collaborations me semblent essentielles. Déjà ici en France j'ai pu me procurer quelques livres de photographies prises par des photographes africains, notamment de rues : il y a de très belles choses malheureusement pas assez connues voire pas du tout, c'est dommage. Et les regards de ces photographes sont essentiels : ce sont ceux des gens du cru sur leurs pays, leur Afrique. Car tout sensible et imprégné de cultures africaines, je reste un Européen..., et, ce regard là ne pourra jamais rester qu'un regard extérieur. Il faut donc que les photographes africains puissent montrer leurs clichés : une des façons de reprendre le pouvoir.


Propos recueillis par Guillaume Camara

 

 

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