13 h 30

Ce mardi, me voilà en route pour Charleville-Mézières, pas très loin de Reims, où j’habite. Objet de cette pérégrination : vous racontez l’étape africaine du génial auteur, Arthur Rimbaud (photo 1). Il fait chaud, excessivement chaud comme en Afrique. Après plus d’une heure et demie de route, jonchées de quelques bouchons, je mets, enfin, le pied sur un royaume : celui de la poésie, celui de Rimbaud. Alain Tourneux (photo 2), conservateur en chef des musées, m’attend au 31 Place Ducale. A l’accueil, je me présente. Un sourire féminin, aimable me conduit vers le bureau de M. Tourneux. Lequel gentiment me reçoit. Je lui parle d’Africanus, mon blog, de la charpente de notre entretien… Il acquiesce tout. Il me dit sa totale disponibilité. Je suis ravi. Première question : quelles ont été les principales motivations du voyage d’Arthur Rimbaud en Afrique ? « Arthur Rimbaud a vécu son adolescence pleinement dans son aventure poétique : ce sont six années (1870-1876), après 250 pages, correspondant à l’œuvre poétique. Il a voulu changer de vie et vivre tout aussi intensément ce qu’il avait déjà pressenti par exemple au travers d’Une saison en enfer. Le soleil, le climat, il voulait aller se confronter à l’Afrique. Cette autre vie, il l’a rencontrée en Afrique avec des approches successives en essayant de se diriger vers le Sud. Le continent africain, pour lui, ce sont les côtes de la Mer Rouge, Addis-Abeba… Aller en Afrique, c’était aller à la recherche de ses propres limites. C’était une façon de tourner la page. Pendant dix ans en Afrique, il se fait envoyer par sa mère des ouvrages spécialisés touchant à la science mais aussi à toutes les techniques de l’époque. En Afrique, il a envie de faire profiter à ses amis ses connaissances techniques. Là-bas, il n’est pas là pour écrire des poèmes. Il avait voulu être un Autre ; il s’est consumé en s’adaptant à un univers hostile. » Deuxième question : qu’est-ce que l’Afrique lui a apporté ? « Elle lui a donné cette possibilité de s’ouvrir à un autre ailleurs. A Charleville, on a dit : « Arthur Rimbaud, le poète, il est devenu aussi Arthur Rimbaud, l’Africain. » Au point que quand il avait senti que l’aventure terrestre allait se terminer, il avait souhaité de toutes ses forces retourner en Afrique. » Mon échange avec M. Tourneux s’achève. Je suis séduit par son érudition généreuse. Il m’accompagne. Et je lui exprime ma gratitude.


Vers 16 h 45


Je traverse la Place Ducale qui est ensoleillée, resplendissante, majestueuse. Le plan de cette aire rectangulaire, aux murs jaunâtres, me fait penser à la Place des Vosges, à Paris. Il y a des touristes… J’entends tantôt de l’allemand, tantôt du hollandais. Sur les bancs publics, quelques amoureux s’embrassent… Me voici au musée Rimbaud. Ici, l’accueil est tout aussi chaleureux. Je fais le tour des salles dédiées à l’enfant du pays. Là, je vois ses photos signées Cajart, ses manuscrits, sa malle, ses couverts… Là, je m’arrête pour admirer ses talents de reporter en Afrique : car il y avait fait de superbes portraits sur les Dankalis de la région d’Obock. Et immortalisé la vue de Massouah sur la Mer Rouge, les fortifications d’Aden…


Vers 17 h 45


Je suis dans la maison familiale de Rimbaud. C’est un cadre sobre, méditatif, reposant. Il y a quelques expositions. Collégien, Rimbaud y avait vécu… Je n’y reste pas longtemps, mais content, tout de même, d’avoir foulé un espace intime qui fut celui de Rimbaud, l’Africain.


Vers 18 h 30


Direction : le cimetière où repose Rimbaud. Cette dernière étape de mon immersion, je la fais avec une amie, Juliette, libraire dans cette ville. Chemin faisant, on parle de Rimbaud, bien sûr. « Rimbaud est aujourd’hui célébré par sa ville, et pourtant il ne l’aimait pas tant », me dit-elle. Après un kilomètre de marche, nous voilà devant la sépulture familiale Rimbaud. Le nom du poète « aux semelles de vent » pour parler comme Verlaine y figure, bien sûr. Je pense à Arthur décédé à l’âge de 37 ans, à son dessein si cher d’être enterré en Ethiopie, en terre africaine.


J’ai aimé mon escapade rimbaldienne, et je vous le dis (…).


Guillaume Camara

 

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