Un moment de radio unique. Le lundi, le saillant journaliste de RTL (première radio française), Jean-Michel Apathie (photo2), recevait pour son interview politique du matin, un invité pas comme les autres, discret, héritier des réseaux gaullistes de Jacques Foccart : Robert Bourgi (photo1). L’homme se considère comme un « ami de Nicolas Sarkozy », et non un « conseiller officieux ».

 

Un ami donc, à qui M. Apathie a demandé : « On dit, Robert Bourgi, que c'est vous qui avez obtenu la démission de Jean-Marie Bockel qui a été un éphémère secrétaire d'Etat à la Coopération et qui voulait justement nouer d'autres relations avec ces pays francophones en Afrique » Réponse de M. Bourgi : « Il y avait eu un précédent avec Jean-Pierre Cot, au début des années 80. A l'époque, le doyen des chefs d'Etat africains, c'était le Président Houphouët Boigny. Accompagnés du Président Bongo et d'autres chefs d'Etat ont demandé - pardonnez-moi cette expression ! - la tête de Jean-Pierre Bockel, ils l'ont obtenue. Jean-Marie Bockel a souhaité revenir à la source de la volonté de monsieur Jean-Pierre Cot. Le Président Bongo, le Président Sassou  et d'autres chefs d'Etat avaient envoyé leurs ambassadeurs à l'Elysée. Ils ont été reçus par monsieur Guéant et ils ont dit leur mécontentement. Les choses n'avaient guère changé ; et un soir, je reçois un appel du Président Bongo (je vous parle très franchement). Il m'appelle. Il me dit : « Fiston, est-ce que tu peux venir me voir ? » (Je l'appelle « papa »). Pourquoi ? Parce que n'oubliez pas que je suis d'origine arabe, d'origine africaine et je suis Français aussi d'éducation.» 

 

Relance du journaliste : « Donc, il vous appelle. Fiston, vous dit-il ! » Réponse de Robert Bourgi : « Il me dit : fiston, viens me voir ! Il me dit : ça ne peut pas continuer. Il faut que tu dises à Nicolas que moi et les autres nous ne voulons plus de ce ministre. Je suis allé voir le Président de la République à l'Elysée en présence de monsieur Guéant et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du Président Bongo. Et il m'a dit : écoute, dis à Omar (comme il l'appelle) et aux autres chefs d'Etat que monsieur Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de monsieur Guéant. Il m'a donné le nom en me demandant de le garder pour moi. Et il m'a dit aussi (c'est important) : ce nouveau ministre prendra ton attache, ne sois pas étonné et quelque part, tu l'initieras à l'Afrique. »

 

Pour les habitués des relations France-Afrique, rien de nouveau dans ces déclarations, sauf que, là, on a désormais la preuve manifeste que c’est « Papa Bongo » qui avait souhaité et obtenu le départ de Jean-Marie Bockel au secrétariat d’Etat à la Coopération. Comme quoi la Françafrique a encore de beaux jours devant elle. Pourtant, concernant l’Afrique, le candidat à l’Elysée avait promis l’avènement d’« une relation nouvelle (…), équilibrée, débarrassée des scories du passé ». Faux !


Guillaume Camara

 

 

 

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