D’origine togolaise, Kofi Yamgnane (photo), 63 ans, a été tour à tour député et secrétaire d’Etat à l’intégration pendant la période mitterandienne. Joint par Africanus, il dénonce la vulgarisation des idées lepénistes dans la société française et la confiscation des pouvoirs en Afrique par une oligarchie.

 

Quel regard portez-vous sur la présence des minorités dans la France contemporaine ? On tend vers une évolution ou une régression s'agissant de leur intégration dans la vie sociale, économique ou politique ?
 

-  La présence des minorités immigrées dans la France contemporaine est restée stable en nombre (7% environ) depuis les années 30. Par contre, leur intégration me paraît plus difficile aujourd’hui qu'il y a 80 ans. La présence lourde du FN (Front national) ainsi que la vulgarisation de ses idées (ce que j'appelle la lepénisation de la société française) est passée par là. La conséquence visible est que les Français n'ont plus honte de dire tout haut qu'ils sont racistes. Si les minorités immigrées (surtout celles issues des anciennes dominations coloniales) comprennent ça, il y aura stabilisation, car elles seront plus à même de se défendre, sinon alors régression, à coup sûr !
 

Que pensez-vous de ce concept, la Françafrique, qui fait couler tant d'encre et de salive ?

 

-  C'est un concept moderne de la néo-colonisation : elle existe bel et bien, puisque les domaines administratifs, politiques, économiques, culturels sont toujours aussi squattés par l'ancienne puissance coloniale. Je prends conscience en ce moment que nos agricultures, par exemple, sont restées au stade colonial, productions et exportations sous la seule forme de matières premières, sans aucune tentative de transformation sur place, ce qui créerait emplois et plus-value...
 

Que vous inspire l'actuelle situation politique africaine ? Y voyez-vous quelques signes d'espérance ?
 

-  Beaucoup d'inquiétude : absence totale de démocratie politique, confiscation de tous les pouvoirs par une oligarchie avec lourde tendance à la monarchisation. Il y a du pain sur la planche !

 

Propos recueillis par Guillaume Camara

 

 

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