Dans la voix de Marie NDiaye, de la lauréate du Prix Femina 2001, du seul écrivain français vivant présent au répertoire de la Comédie-Française, il y a tout d’abord de la douceur, de l’authenticité mais aussi de la beauté. Dans la voix de Marie Ndiaye, on ne peut soupçonner un brin de violence, de puissance sauvageonne.

 

Or l’œuvre de littérature, toute racinienne, toute musicienne, qu’elle nous offre en cette rentrée littéraire française parle de puissance, de Trois femmes puissantes, précisément. De trois héroïnes, de trois Africaines, auxquelles la plupart des femmes peuvent s’identifier tant dans l’évocation de leurs sentiments enfouis que dans la bagarre triomphante qu’elles mènent avec la vie.

 

Le bal est ouvert par Norah. Une femme pleinement épouse, pleinement mère qui fait un saut en Afrique pour retrouver une famille, un père. Avec ce dernier, elle constate que, dans ses attitudes, les choses n’ont guère changé, que les stigmates de l’enfance sont restés étonnamment vivaces : c’est toujours le même bonhomme sarcastique, indélicat, arrogant. Bref, Papa est resté Papa. Et dans la deuxième partie de cette fresque, vous avez la sublime Sénégalaise, Fanta. Une intellectuelle qui épouse un Français, Rudy, avec qui elle fait le choix d’aller vivre en France. Là-bas ils se disputent. Le mari se sent moins aimé, l’épouse est victime du racisme, de sots préjugés. C’est l’échec. Chez Khady, on voit une femme, naguère aimée par son époux décédé, se retrouver dans les bras d’un autre. Tous les deux, ils entreprennent un voyage vers l’Europe, vers l’eldorado.

 

Dans ce périple, où est présent le désert, Khady va subir tout : l’effroi, la faim, la soif, l’humiliation, la prostitution. Mais elle veut voir un bout d’Europe. Vaille que vaille. Pour cela, elle grimpe un grillage ; les barbelés crucifient ses mains. Elle finit par tomber.

 

Mais on ne tombe pas avec Marie NDiaye qui, par ce triptyque plein d’images, plein de force et de vie, suggère que l’Homme est capable de dompter la chute. De vaincre le mal par le bien. C’est un peu christique tout ça, non ?

 

Guillaume Camara

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