Le stade du 28-septembre de Conakry est une arène d’applaudissements endiablés, de gloire, de fierté nationale. Pour tant de Guinéens, c’est presqu’un endroit sacré. On n’y touche pas. Hafia y avait écrit les plus belles pages du football guinéen. Là-bas, la Guinée se célèbre.

 

Or ce lundi, ce temple du sport national revêtait un autre oripeau : celui d’un carnage, celui d’une boucherie humaine ourdie par la junte au pouvoir. Elle rechignait à l’idée que s’y tienne un meeting politique contre l’éventuelle candidature de son chef, Moussa Dadis Camara. Est-ce responsable de tirer à balles réelles sur une foule désarmée, enthousiaste, non-violente mais protestataire ?

 

Pour tous ceux qui chérissent la mesure comme principe de vie et d’action, le non, est la réponse qui sied. Mais Moussa Dadis Camara abhorre la mesure. Au quotidien, il acclame plutôt l’outrance, la mégalomanie et la basse rhétorique. En donnant l’ordre à ses bidasses d’exterminer des personnes à qui il doit protection et sollicitude, il nous offre le verbe juste de le vouer, définitivement, aux gémonies. De le mettre sur la liste des sires dont l’impéritie a conduit à un drame inouï.

 

La Guinée pleure ses morts. Ils sont plus d’une centaine. Justice leur sera rendue. Avec eux, pointe, à l’horizon, le jaillissement d’une prophétie, si belle, si rédemptrice : aujourd’hui une révolution de velours a commencé en terre de Guinée, elle ne faiblira pas, elle sera victorieuse, quelle que soit la puissance des kalachnikovs.

 

Debout la Guinée ! Arc-boute-toi sur ta légitime aspiration d’être démocratique.

 

Guillaume Camara

 

 

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