En plein renouveau et héritier des danses cultuelles et profanes des esclaves, le bèlè est une danse qui épouse la conscience identitaire martiniquaise. Pour Africanus, la musicienne française Annick Dantin (photo) décortique les contours de ce rythme dont les liens avec l’Afrique sont séculaires.

 

Qu’appelle-t-on le bèlè ? Et qui le danse aujourd'hui ?
 

-   Le bèlè désigne un ensemble de danses (très varié) qui apparaissent aujourd’hui comme des danses de réjouissance, au cours desquelles on aborde tous les aspects de le vie de la communauté : peines, joies, amour, lutte… On le pratique principalement le samedi soir, dans le cadre des soirées. Il est héritier, de façon syncrétique, des danses cultuelles et profanes des esclaves, transformées dans leur sens et leurs formes par les influences du nouvel environnement, par la répression coloniale, administrative et religieuse, par la nécessité de s’unir dans le cadre du système oppressif, par la confrontation douloureuse avec la culture européenne dominante. C'est ce qui est parvenu jusqu'à nous de l'esprit et de l'expression des Ancêtres, de leur stratégie de survie. Comme chemin de résistance, le bèlè était dansé autrefois essentiellement par des gens issus des classes populaires. Il était, du fait de ses racines africaines (rappelant l'esclavage), méprisé. Aujourd'hui, il accompagne la montée de la conscience identitaire et est en plein renouveau. Il touche toutes les classes d'âge et des fractions des classes moyennes reconnaissent sa valeur.

Pourriez-vous davantage expliciter les origines africaines de cette danse ?

 

-   Nombre d'auteurs soulignent qu’en Yoruba le bèlè désigne une grande fête qui marque la fin des récoltes... Et en Baoulé on appelle douô bèlè la récolte des ignames. Pour l'ethnomusicologue Dominique Cyrille, on a beaucoup sous-estimé jusqu’à maintenant l’importance du syncrétisme entre les peuples et les cultures nègres déportées en Martinique. Nos danses bèlè actuelles résulteraient d’une fusion entre ces danses originelles, kalennda, bèlè et autres. Cette fusion intégrant également sous des formes diverses (éléments de gestuelle, éléments chorégraphiques, espace, temps...) la pression de la culture dominante et imposée et notamment les contredanses (ce sur quoi d’ailleurs toutes les analyses concordent).

A travers ses pas, quels messages veut apporter le danseur du bèlè au monde ?

 

-   Une célébration de notre force de vie et de notre identité.


 Propos recueillis par Guillaume Camara

 

 

Retour à l'accueil