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Il y a un peu plus de dix ans le senghorisme se taisait. Et le monde de ceux qui l’avaient vénéré était en pleurs… Car Léopold Sedar Senghor fut pour plusieurs générations de Nègres – qu’ils soient de l’Afrique ou de l’Amérique – un maître total. Une source à laquelle se sont abreuvés tant de parcours individuels, tant de visages en quête d’une identité perdue.

 

De lui, on se sent forcément débiteur de quelque chose : ce quelque chose, c’est d’abord, et par-dessus tout, sa sublime poésie. C’est en cela qu’on le connaît le mieux, que s’esquisse toute l’orfèvrerie du personnage, que triomphe cet être si singulier, si attachant. A la différence de la poésie de Césaire, marquée par une forte déchirure, par un calvaire, par un volcanisme chavirant, le chant poétique senghorien ressemble plutôt, et somptueusement, à la sérénité du littoral africain.

 

On crie chez Césaire, on s’apaise chez Senghor.

 

Toujours chez Senghor, on est vite plongé dans les délices du Royaume d’enfance, dans les images de l’Afrique éternelle telle qu’on la chantait dans le Manding. On est dans l’histoire véritable d’un peuple qui aura abondamment apporté à la marche du cosmos. On y voit se briser en lambeaux toutes ces théories occidentales qui déniaient naguère à cette Terre-Mère un passé. Là, nous sommes avec une identité retrouvée. Là, nous sommes avec l’Etre africain. Ecoutons ces quelques rimes : « Femme nue, femme noire/ Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux. /Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi, je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné/ Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle/  Plus loin : « Femme nue, femme obscure/ Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali » (…)

 

Je ne sais pas si tous les petits écoliers africains lisent encore ce poète incomparable, mais ce que je sais Senghor fait partie de ces Hommes dont l’éclat illuminera longtemps le panthéon des arts et de la littérature.  

 

Guillaume Camara

 

 

 

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