Sur France 24, Laurent Gbagbo se met en colère. Colère contre la justice française qu’il soupçonne de procéder à une politisation de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en 2004 en Côte d'Ivoire. « Ce que je reproche au juge qui a le dossier en charge, ce n'est pas d'enquêter sur la disparition d'un Français, c'est de vouloir politiser cette affaire qui n'en est pas une », dit-il. « Si les juges qui ont ce dossier entre les mains veulent l'utiliser comme un instrument politique, alors je dis non et je me braque », menace-t-il.

 

Mais dans sa rhétorique courroucée, Gbagbo tient à apporter un éclaircissement : cette affaire « n'est pas un problème entre le gouvernement français et le gouvernement ivoirien ». Dans le pays de Molière, cela s’appelle faire usage de la  langue de bois. Car s’il y a un bouc-émissaire que vise cette salve présidentielle, c’est bien l’exécutif de la France. Pas sa justice. Cette dernière ne fait que son boulot : c’est-à-dire enquêter, auditionner, recouper toutes les informations nécessaires à la manifestation de la vérité.

 

Or dans cet imbroglio politico-judiciaire, on note que M. Kieffer, journaliste d’investigation, a été vu pour la dernière fois le 16 avril 2004 sur un parking abidjanais. Et il attendait qui ? Michel Legré, beau-frère de la première dame Simone Gbagbo. Interviewé par France 3, Alain Gossé (un militaire de l’armée ivoirienne) déclare avoir vu, lui aussi, toujours le 16 avril 2004, le journaliste «dans une petite cellule» au sous-sol de la présidence.

 

Voilà, monsieur Gbagbo, les faits. Ils sont têtus. Ils disent tous les accointances avec les lieux que vous dirigez. Ne vous énervez donc pas. Laissez la justice mener jusqu’au bout son œuvre. Vous savez, plus qu’un autre, que dans une démocratie, la justice n’est pas un pouvoir godillot mais un pouvoir indépendant.

 

Guillaume Camara

 

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