Congolais, Elikia M’Bokolo est l’une des voix les plus éminentes de la science historique africaine. De passage à Reims (France) pour une conférence sur l’Afrique médiévale, Africanus l’a interrogé afin qu’il apporte ses lumières sur la question de l’esclavage qui ne cesse d’occuper l’actualité du continent noir.  

 

Que vous inspire la démarche de cette ONG nigériane, le Congrès des droits civiques, qui demande à ce que les chefs traditionnels de leur pays présentent leurs excuses pour le rôle joué par leurs ancêtres dans l’esclavage ?

 

-  La présence des Africains dans la chaîne négrière est une chose qui ne se discute pas. Et puisque nous parlons en français, j’ai dit et écrit ce qui me séparait des gens qui parlent de la responsabilité des Africains. C’est qu’on doit parler de la responsabilité d’Africains et non de la responsabilité des Africains. La deuxième chose, c’est que pendant longtemps la mise en servitude d’êtres humains a été la chose la plus banale dans l’histoire du monde jusqu’à ce que ça devienne en quelque sorte une particularité du continent africain. On sait que dans cette affaire (pour faire vite) les musulmans arabes et berbères ont été les premiers à se livrer à cette pratique sur une chaîne large à peu près comparable à celle du Nouveau Monde.

 

Etes-vous pour une réparation financière de l’Occident pour le crime que fut la traite négrière ?

 

-  Moi la vraie réparation, c’est la connaissance de l’histoire, et l’enseignement de ces choses-là à tous les enfants du monde. Faire apprendre en espérant que le savoir et l’intelligence interdiront que ce genre de choses se répètent. Lorsque certains disent qu’il faut aller jusqu'à payer de l’argent, alors, là, je dis, je ne suis absolument pas d’accord. On va faire ce paiement à qui ? Dans ce cas, il serait mieux de rétribuer les anciens esclaves (...) D’autres suggèrent qu’on donne ces sous aux Africains. Je dis : vous êtes fous ! Vous voudriez que nous acceptions que cette affaire a été un commerce ? Est-ce qu’une vie d’homme à un prix ?

 

Propos recueillis par Guillaume Camara

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