Que s’est-il passé pour que l’Elysée annonce urbi et orbi le soudain rétablissement des relations diplomatiques entre Paris et Kigali ? Jusque-là entre ces deux capitales, c’était la chamaillerie. C’était la guerre des mots et des gestes.

 

Une scène corrobore cela : en avril 2004, le Rwanda commémore les dix ans du génocide. Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Renaud Muselier (photo1), s’y rend. Paul Kagamé (photo2) en profite pour fustiger, devant lui, le prétendu rôle de la France dans ce crime qui coûta la vie à plus de 800.000 personnes (majoritairement tutsies). Le légat de Chirac quitte les lieux, précipitamment.

 

En 1995, dans une interview accordée à la presse, Kagamé parle de « ces gens-là qui nous haïssent, de cette France-là qui nous hait ». De cette France « qui refuse de présenter ses excuses », de « reconnaître sa part de responsabilité morale dans le génocide ». Les choses s’enveniment avec l’action judiciaire du juge anti-terroriste, Jean-Louis Bruguière, contre les proches du « boss rwandais » soupçonnés d'avoir pris part dans l'attentat qui vit périr le président d'alors, Juvénal Habyarimana. De son côté, l’Etat rwandais met sur pied une Commission d'enquête ès armée française au Rwanda. 

 

Mais il paraît que tous ces faits-là sont désormais jetables dans les oubliettes ; que le temps de la Realpolitik est arrivé… Ah, ne soyons pas naïfs !  Entre ces deux pays, tout n’est pas encore résolu ; les ressentiments sont têtus. D’ailleurs le Rwanda ne regarde plus vers la Francophonie mais vers le Commonwealth, vers l’Asie, dont il loue le modèle économique.

 

Guillaume Camara

 

 

Retour à l'accueil