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Worpswede est une ville qui se trouve au nord de l’Allemagne. Tant d’artistes européens de renom (Paula Modershon-Becker, Heinrich Vogeler, Fritz Mackensen) y ont vécu. Depuis quelque temps, elle est devenue aussi la patrie picturale de Chia Raissa (photo), une jeune peintre ivoirienne de 32 ans. En dialogue avec Africanus, elle définit le rôle de l’artiste africain qui doit être une invitation à une prise de conscience identitaire.

 

Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la peinture ?

-  Mon engouement très profond pour les couleurs naturelles des toiles traditionnelles africaines ; mon amour pour l'Afrique et ses valeurs, car mon objectif est de revaloriser l'image de nos traditions. J'ai toujours rêvé travailler avec des couleurs, de devenir peintre, artiste. En Allemagne, à Worpswede, j’ai pris des cours privés de peinture pendant une très courte durée. Une courte durée qui m’a tout de même permis de m’attacher à ce métier et de me développer toute seule. 

 

Quelles sont les principales caractéristiques de vos toiles ? Et, habituellement,
 quelles matières utilisez-vous pour les créer ?


-  Mon travail est tout d'abord un ensemble de conceptions symboliques, de visions et de pensées. Avec différents éléments sur papier ou sur toile, je fais des interprétations de l'état profond de l'esprit de l'Homme dans sa société. Dans mes collages j’intègre des éléments étrangers comme le fer, le bois, des masques, du sable, des calebasses, des clous qui font partie des mythes et figures africains. C'est l'art de l'accumulation dans une conception moderne. Avec le minimum d’éléments, dire beaucoup sans que les amateurs de l’art se posent trop de questions. Mon objectif est de rendre l’art accessible à tout un chacun.

 

Quelles sont les différences entre la peinture africaine et la peinture européenne ?

-  Les peintures africaines sont à mon avis très émotionnelles. Aujourd'hui nous avons une Afrique pleine d'ambitions, prête à aller de l'avant. Cela se voit dans la peinture de nous, artistes africains contemporains : nous invitons nos semblables à une prise de conscience de notre identité et faisons des critiques aussi bien sur le plan socioculturel que politique. Nous n'hésitons plus à dépasser nos frontières pour un mélange des cultures. La peinture africaine est interculturelle, mais elle reste égale et typique à elle-même, par ses couleurs et ses valeurs mythiques et mystiques. Quant à la peinture européenne, on la reconnaît par ses couleurs fades, nature morte, les traits fins… Aussi avec un historique et un dynamisme qui n'est pas à négliger. Et tous les moyens (galeries d’arts notamment) sont présents pour en faire sa promotion. Ce qui n’est pas le cas en Afrique…

 

Propos recueillis par Guillaume Camara

 

                                                               

 

 
 

 

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