Mercredi 18 mai 2011
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Nous sommes nombreux à avoir lu Alexis de Tocqueville qui, quoi qu’on en dise, restera, à jamais, l’un des
maîtres incomparables de l’essai politique. Son verbe était sublime parce que clair, parce que précis, parce
qu’hautement prophétique. Tocqueville, c’est l’homme qui a su expliquer avec virtuosité et
justesse les mécanismes qui fondèrent l’âme démocratique américaine. Avec lui, nous ne sommes plus des ignorants mais des intelligents du pays de Kennedy. Et donc, c’est, de nouveau, vers lui
qu’il faille chercher lumière pour comprendre l’attitude des magistrats new-yorkais envers Dominique Strauss-Khan (photo), inculpé pour agression sexuelle et tentative de viol envers une employée
de l’hôtel Sofitel. D’abord, retenons, une fois pour toutes, ce catéchisme : le système juridictionnel américain est accusatoire, or celui de la France est inquisitorial. Cela veut dire que
chez les Américains celui qui est réputé victime possède tous les égards, toutes les protections. On lui doit une royauté. On lui prépare une cuirasse que nul ne doit détruire. Cela
démontré : pourquoi des personnages aussi distingués que Robert Badinter (par ailleurs avocat), Jack Lang (par ailleurs professeur de droit) osent s’en prendre à cette Justice étasunienne,
dont ils n’ignorent guère le fonctionnement traditionnel ? Est-ce pour prêter main-forte à un pote empêtré dans une affaire politico-médiatico-sexuelle ? Certainement, oui. Mais la
défense d’une amitié ne signifie pas qu’on mette sous le boisseau la rationalité. Qu’on subodore le fait que l’Amérique ne sait pas dire le droit. En dépit de tout, cette terre ne vit pas sous le
régime de la tyrannie mais sous le régime de la démocratie. Jusqu’à ce qu’advienne la vérité du procès, nos pensées doivent, en premier lieu, être tournées vers Nafissatou Diallo, cette présumée
victime, cette habitante du quartier de Bronx, originaire de la Guinée, dont les voisins du palier qualifient de « discrète », de « travailleuse ». Toutes
les logorrhées sur un éventuel complot qu’on entend ici ou là ne tiennent pas la route. Elles sont une vue de l’esprit. De plus, DSK, avec sa réputation de coureur de jupons, de
« chaud lapin », de séducteur invétéré, fragilise, lui-même, sa défense. Une femme a été touchée dans son intégrité physique. Elle l’a dit. Entendons son
cri.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Vendredi 13 mai 2011
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Lampedusa est aujourd’hui le lieu qui doit interpeller chaque conscience droite. C’est ici, près de Sicile, il y a quelques jours, qu’ont été sauvées et secourues
500 personnes cherchant refuge en terre italienne. Cette fois-ci, les canots n’ont pas tué ; ils ont pu voir le bout de leur odyssée. Ouf ! Merci aux flots qui ont fait preuve de
mansuétude. Quitter son pays, les siens, ses amitiés, sa musique quotidienne, ne se fait jamais par gaîté de cœur. C’est toujours un moment de réelle affliction. De sanglots. D’arrachement.
Généralement, on fait ce choix, car les conditions présentes ne satisfont guère. Tout fait obstacle à un futur épanoui. Il faut donc s’en aller. Le meilleur est ailleurs. En Europe. Une Europe
qui, faut-il encore le souligner, ne pourra jamais accueillir toutes les humaines conditions. Il y va de la cohésion de ses populations. Néanmoins, cette aire septentrionale ne peut fermer ses
yeux devant tous ces drames. Elle doit même y prendre toute sa part. Rompre d’avec la politique à petites touches. Ne plus écouter cette strophe ignoble de Mouammar Kadhafi (photo) :
« Si l’Europe n’est pas noire, c’est grâce à moi ». Et s’arc-bouter sur le co-développement et le co-investissement : seuls instruments véritables capables d’amoindrir les
flux migratoires venant du Sud.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Vendredi 3 septembre 2010
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Il nous arrive à tous, le temps d’une détente ou par simple envie d’apprendre, de scruter la mappemonde. De nous laisser emporter par la
diversité et la beauté de ses contrées. Faites la même démarche, aujourd’hui, mais avec, cette fois-ci, le souci de comprendre la tragédie que vivent les femmes d’un pays : la République
démocratique du Congo. Là-bas, du 30 juillet au 3 août, 179 femmes de la province du Nord-Kivu ont été violées par des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda. Dès la
révélation de ces faits abjects, Ban Ki-Moon (photo) s’est dit « scandalisé ». Très bien. Mais le problème, comme l’écrivait si justement le New York Times, l’Onu
était au courant que les assaillants rwandais occupaient des villages aux dates où les viols y ont été commis. Est-elle intervenue pour éviter l’ignoble ? Non. Et le gouvernement souverain
de M. Kabila : qu’a-t-il fait ? Rien non plus. Selon le Haut commissariat pour les réfugiés, au moins 1.244 femmes ont rapporté avoir été violées au cours du premier trimestre 2010.
Soit près de 14 viols par jour en moyenne. Ces chiffres sont terrifiants, dégoûtants. Ils démontrent qu’il y a urgence à agir pour ces Congolaises dont le martyre est devenu insupportable. Leur
humanité doit être rétablie. Ne les laissons pas dans les rets de ces bourreaux salopards.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Lundi 19 juillet 2010
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Si nous nous taisons, les pierres crieront à notre place. Alors n’attendons pas que cela advienne.
Agissons ! Agissons vite pour la libération de nos trois confrères Stéphane Guédé, Théophile Kouamouo (photo) et Saint Claver Oula du Nouveau Courrier que l’oukase du
procureur de la République, près le tribunal de première instance d’Abidjan, a fait arrêter et embastiller. Leur seul crime est d’avoir refusé de livrer la source de l’enquête qu’ils menaient
autour de la filière café-cacao. Un sujet extraordinairement sensible dans cette Côte d’Ivoire qui cherche cahin-caha à sortir de sa longue nuit d’instabilité politique. Car demander à un
journaliste de révéler sa source, c’est de lui retirer toute la sève qui le fait vivre professionnellement. C’est pourquoi il existe, à cet égard, dans les grandes démocraties modernes, une
législation le protégeant, le soutenant. Mais le hic dans certaines contrées africaines : on peut bien se doter des lois aujourd’hui, et les piétiner demain. Le fossé y est souvent abyssal
entre la beauté des textes et l’exigence de leur application. Il nous faut donc appeler à une nouvelle saison de la cohérence législative sur le continent noir. Pour que cessent certaines
arguties juridiques contestables, certains faits du prince d’un autre âge, attentatoires à l’exercice d’un journalisme libre et indépendant. Stéphane, Théophile et Saint Claver servent
l’apostolat de la vérité. Ils ne cherchent rien d’autre qu’à s’emparer des informations légitimes, nécessaires à l’intérêt public. Là est leur noblesse. Là est leur grandeur.
Libérez-les !
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Mardi 11 mai 2010
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« Car il faut bien que Tu pardonnes à ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages. Et ils les ont dressés à coups de chicotte, et ils ont fait d’eux les mains noires de ceux dont les mains étaient blanches. Car il faut bien
que Tu oublies ceux qui ont exporté dix millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires/Qui en ont supprimé
deux cents millions. »
Ces vers sont ceux de Léopold Sedar Senghor (photo), d’un poète de la paix, qui par la puissance et la beauté de sa poésie, décrit avec
justesse le martyre éternel du continent noir : l’esclavage. Parlons-en. Puisqu’avant hier (le 10 mai) une journée, en France, lui était consacrée. Une date où les Africains, les
descendants d’Africains, mais aussi les amis des droits humains, se sont arrêtés pour se souvenir d’une tragédie que porte encore leur conscience. Nous ne pouvons oublier cette page,
sombre et tragique, de notre histoire commune, où les hommes et femmes, ayant une civilisation, un passé, une jeunesse, une musique, ont été traités comme des bêtes, des « meubles » (Code noir, aticle1). Qu’on soit clairs : invoquer ces faits
ne veut pas dire convoquer la France, l’Angleterre et les autres anciennes puissances esclavagistes au banquet d’un nouveau tribunal accusatoire mais à un tribunal des consciences. De
l’anamnèse. Où l’Homme s’efforcera à nommer, à reconnaître, ce que fut l'ampleur de son mal envers l'Autre différent. L’examen de conscience est le préalable à tout renouveau, à toute
guérison, à toute rédemption. Ecoutons, à nouveau, Senghor :
« Seigneur la glace de mes yeux s’embue/ Et voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que j’avais cru
mort…/ Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin » (…)
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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