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Jeudi 14 février 2013 4 14 /02 /Fév /2013 23:51

 

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Elle est presque devenue une habituée du Festival des Etonnants Voyageurs. Il y a deux ans, elle était à Bamako. Et cette année, c’est Brazzaville qui la reçoit. « Elle », c’est bien sûr Léonora Miano qui, dans quelques heures, s’exprimera sur le plateau d’Un Livre Un Jour. Nul doute que sa voix y sera scrutée. Parce que belle comme celle d’une mezzo-soprano. 

 

C’est en étant très jeune qu’elle tombe dans le chaudron littéraire. Et ce, en lisant les auteurs caribéens et afro-américains qui ont nourri sa sensibilité d’auteur. Elle qui se sent Négresse intégrale : car Douala c’est chez elle, Harlem c’est chez elle, Pointe-à-Pitre c’est chez elle, aussi.

 

Mais pour Léonora Miano, la trentaine, le lieu fondamental est intérieur. Issue d’une famille particulière, assez marginale, où l’on ne parlait que le français, elle a toujours eu en elle un ailleurs. D’où ce non-attachement aux territoires, à l’idée de nation qu’elle trouve belliciste comme manière d’envisager ses relations avec les autres. Son territoire, c’est la page blanche. C’est l’endroit où elle est une et complète. En revanche, elle croit à la frontière comme étant un lieu d’accolement, non pas de rupture.

 

Attention, Léonora Miano n’est pas une politicienne. Du moins, pour l’instant. C’est une romancière camerounaise qui a eu du succès, qui a écrit  Blues pour Elise. Cette œuvre de littérature dans laquelle elle retrace l’histoire de quatre femmes noires qui vivent dans l’Hexagone, et qui ne correspondent pas du tout à l’image des femmes qu’on voit sur le petit écran.

 

Elles incarnent la France de Miano. La France réelle.

 

Guillaume Camara

 

Par AFRICANUS - Publié dans : culture
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Mercredi 13 février 2013 3 13 /02 /Fév /2013 08:45

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Que vos regards se tournent vers Brazzaville ! La capitale congolaise va accueillir du 13 au 17 février le Festival Etonnants Voyageurs. Un événement littéraire pour lequel Africanus et Un Livre Un Jour  sur France 3 vont vous raconter. D’abord un petit zoom sur l’un des invités de l’émission de demain : Emmanuel Dongala. Cet homme possède deux patries : le Congo par son père, et la Centrafrique par sa mère. Deux patries donc. Mais auxquelles il faut bien évidemment ajouter une autre, l’écriture, dont il découvre les délices autour d’un feu. C’est là, le soir venu, où il se laissait bercer par des histoires racontées par ses aînés. Car il est de la génération qui n’avait pas de télé, ni de radio.

Alors le soir… 

Romancier africain, septuagénaire, Emmanuel Dongala vit aux USA. Il arrive dans ce pays, alors que son pays est en proie à une guerre. C’était entre 1998-1999. Et il avait tout perdu. Littéralement, tout perdu. Il fallait donc fuir. Fuir comme beaucoup d’autres. Un moment, il a essayé de venir en France, mais il n’a pas pu. Il a regardé vers le pays de l’Oncle Sam. Là-bas, vivent ses amis, notamment le célèbre écrivain américain, Philip Roth, qui l’a beaucoup aidé.

Dongala, c’est aussi l’auteur de Photo du groupe au bord du fleuve, cette belle fresque sociale à travers laquelle les femmes demeurent en dépit de tout les héroïnes. Tantôt on les découvre victimes de viols. Tantôt on les sait casseuses de pierres. Tantôt on les admire dans leur rôle d’éducatrices. Cherchant de la nourriture pour leurs enfants, s’occupant d’eux.

Que dire encore ? Ce récit n’est pas un exotisme. C’est un bel hommage à toutes les femmes qui tiennent les sociétés africaines.

 

Guillaume Camara      

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Dimanche 16 septembre 2012 7 16 /09 /Sep /2012 10:28

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Si vous avez déjà lu L’aîné des orphelins ou Le Roi de Kahel, vous n’infirmerez pas cette affirmation : Tierno Monénembo est devenu un génial romancier-historien ou du moins un romancier qui vénère l’histoire. L’histoire, la grande bien sûr, pas la petite. Cela est heureux. Même si l’on sait qu’il n’est jamais aisé d’aborder un chapitre lié à l’histoire. Tant on redoute des omissions, des approximations, des imprécisions, des inexactitudes qui peuvent saper tout, nous éloigner de l’authenticité des choses. Tel n’est pas le cas en littérature, où l’écrivain, par le jeu de la fiction, célèbre sans cesse son royaume de liberté. L’histoire et la littérature : quel étincelant couple ! 

Un couple qu’affectionne la plume de Monénembo, prix Renaudot 2008. Cette fois-ci, il nous propose un autre itinéraire, une autre œuvre romanesque, Le terroriste noir. La scène se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale. Et c’est la voix de Germaine Tergoresse qui retentit, qui narre tout. Nous sommes à Romaincourt, dans les Vosges. C’est la saison des colchiques. Les Valdenaire font une promenade champêtre. Soudain, un des fils du couple entend un cri : celui d’un jeune maquisard souffrant, Addi Bâ, originaire de la Guinée, qui fut adopté par un Tourangeau, Maurice Maréchal, ancien percepteur aux impôts de Conakry.

Addi Bâ est donc retrouvé en s’échappant (...) Les Allemands venaient de mitrailler Epinal. Nous savons par le truchement de notre chère Germaine Tergoresse qu’il y avait deux régiments de tirailleurs qui opéraient là (et dont la mission consistait à protéger la Meuse) : le 14e RTS à Bourmont et le 12e à Harrévile-les-Chanteurs. Addi Bâ, lui, faisait partie du 12e régiment des tirailleurs sénégalais. Avec ses frères d’armes, il se battra, il regimbera. Mais que peuvent faire les mousquetons face à une artillerie allemande si puissante, si féroce ? Pas grand-chose, en vérité. Il faut reculer, fuir, affûter la riposte. A Addi, Yolande parle d’un projet : créer un maquis. Quelle bonne nouvelle !, s’enthousiasme ce dernier. Un réseau voit ainsi le jour. Immédiatement, on y associe les jeunes de Romaincourt à qui Addi prodiguera quelques techniques militaires. Le soir venu, le jeune résistant parcourt le bourg, drague les filles, rencontre le maire, cherche des victuailles… Mais Addi Bâ (que les Boches surnommaient Le terroriste noir) sera tout de même arrêté. On le jugera.

On le condamnera. On l’exécutera. C’est comme ça.

Qu’importe ! Désormais, chaque tirailleur aura sa couronne de gloire : c’est ce que proclame ce récit superbe.

 

Guillaume Camara 

Le terroriste noir de Tierno Monénembo, Seuil, 225 p., 17 €.  

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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 08:42

Il y a un peu plus de dix ans le senghorisme se taisait. Et le monde de ceux qui l’avaient vénéré était en pleurs… Car Léopold Sedar Senghor fut pour plusieurs générations de Nègres – qu’ils soient de l’Afrique ou de l’Amérique – un maître total. Une source à laquelle se sont abreuvés tant de parcours individuels, tant de visages en quête d’une identité perdue. De lui, on se sent forcément débiteur de quelque chose : ce senghor3.jpgquelque chose, c’est d’abord, et par-dessus tout, sa sublime poésie. C’est en cela qu’on le connaît le mieux, que s’esquisse toute l’orfèvrerie du personnage, que triomphe cet être si singulier, si attachant. A la différence de la poésie de Césaire, marquée par une forte déchirure, par un calvaire, par un volcanisme chavirant, le chant poétique senghorien ressemble plutôt, et somptueusement, à la sérénité du littoral africain. On crie chez Césaire, on s’apaise chez Senghor. Toujours chez Senghor, on est vite plongé dans les délices du Royaume d’enfance, dans les images de l’Afrique éternelle telle qu’on la chantait dans le Manding. On est dans l’histoire véritable d’un peuple qui aura abondamment apporté à la marche du cosmos. On y voit se briser en lambeaux toutes ces théories occidentales qui déniaient naguère à cette Terre-Mère un passé. Là, nous sommes avec une identité retrouvée. Là, nous sommes avec l’Etre africain. Ecoutons ces quelques rimes : « Femme nue, femme noire/ Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux. /Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi, je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné/ Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle/  Plus loin : « Femme nue, femme obscure/ Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali » (…) Je ne sais pas si tous les petits écoliers africains lisent encore ce poète incomparable, mais ce que je sais Senghor fait partie de ces Hommes dont l’éclat illuminera longtemps le panthéon des arts et de la littérature.  

 

Guillaume Camara

 

 

 

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 01:15

cesaria.jpgLa vie est bien moche sans Cesaria Evora. Sans la « diva aux pieds nus ». Tant nous nous étions si habitués à sa poésie. Belle comme son île natale, le Cap-Vert. Ensoleillée comme l’écrin de ses notes de spleen. Apaisée comme le littoral africain. Nous aurions aimé qu’elle soit encore avec nous, qu’elle fasse retentir ses louanges qui célèbrent la vie, le temps qui passe, qui passe… Diantre ! elle n’est plus ici-bas, notre amie Cesaria ! Elle avait 70 ans. Un âge canonique, diraient certains. Mais ceux qui avaient eu l’infini plaisir de l’entendre le temps d’un concert, ou dans leur chaumière, ou dans leur fiacre savaient qu’elle dégageait une jeunesse superbe. Puisque tout ce qu’elle scandait rejoignait le présent de ses contemporains. Elle épousait son temps, incontestablement. Cesaria nous a fait connaître la Morna, et aimer le Sodade. Maintenant, elle est partie. Et danse avec les anges.

  

 Guillaume Camara 

 

 

 

 

 

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  • : Animé par Guillaume Camara (journaliste spécialisé sur le continent noir et le catholicisme), Africanus est un blog d'information essentiellement consacré à l'Afrique.

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