Mardi 31 janvier 2012
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Jusqu’à une date récente le Sénégal apparaissait aux yeux du monde comme un baromètre fondamental en matière de démocratie en Afrique. Mais les événements actuels
démontrent qu’on est bien loin de cette perception flatteuse. Qu’il y a désormais, un autre Sénégal, celui d’Abdoulaye Wade, celui qu’on peut contester. Parce qu’il n’offre plus le triomphe d’une
symphonie démocratique que, patiemment, courageusement, Léopold Sedar Senghor s’était évertué à composer pour sa patrie bien-aimée. Wade a démoli donc ce qu’avait construit cet illustre
prédécesseur. Il le fait en osmose avec les hauts magistrats qui en catimini ont donné quitus à sa candidature pour une nouvelle présidentielle. Avaient-ils le choix, ces hommes en toge ?
Pouvaient-ils dire autrement le droit ? En vérité, ils n’ont fait que proclamer les délices d’une constitution tripotée, remaniée, abaissée, ébranlée pour la gloire d’un seul nom :
Wade. Le « Vieux ». On aurait pensé que l’âge canonique venant, ce dernier ne se serait pas servi des stratagèmes infâmes pour se
maintenir. Qu’il choisirait l’horizon de la retraite et donnerait ainsi la chance à un autre, plus jeune que lui, plus bouillant que lui, voire plus compétent que lui, d’esquisser un nouveau
chemin pour la cité sénégalaise. Quand viendra le temps de l’analyse et de la glose pour les historiens, on ne trouvera que deux viles choses dans les années wadiennes : d’abord le
tripatouillage constitutionnel, ensuite l’érection d’un monument moche et coûteux, appelé Renaissance africaine. Archi-dépendant de l’aide bilatérale, archi-pauvre aussi par son sous-sol,
le Sénégal a vraiment besoin, aujourd’hui, d’un Moïse probe, franchement démocrate et patriote, qui s’attaquera aux nombreux défis posés par son développement.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Vendredi 20 janvier 2012
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08:42
Il y a un peu plus de dix ans le senghorisme se taisait. Et le monde de ceux qui l’avaient vénéré était en
pleurs… Car Léopold Sedar Senghor fut pour plusieurs générations de Nègres – qu’ils soient de l’Afrique ou de l’Amérique – un maître total. Une source à laquelle se sont abreuvés tant de parcours
individuels, tant de visages en quête d’une identité perdue. De lui, on se sent forcément débiteur de quelque chose : ce
quelque chose, c’est d’abord, et par-dessus tout, sa sublime poésie. C’est en cela qu’on le connaît le mieux, que s’esquisse toute l’orfèvrerie du personnage, que triomphe cet
être si singulier, si attachant. A la différence de la poésie de Césaire, marquée par une forte déchirure, par un calvaire, par un volcanisme chavirant, le chant poétique senghorien ressemble
plutôt, et somptueusement, à la sérénité du littoral africain. On crie chez Césaire, on s’apaise chez Senghor. Toujours chez Senghor, on est vite plongé dans les délices du Royaume
d’enfance, dans les images de l’Afrique éternelle telle qu’on la chantait dans le Manding. On est dans l’histoire véritable d’un peuple qui aura abondamment apporté à la marche du cosmos. On
y voit se briser en lambeaux toutes ces théories occidentales qui déniaient naguère à cette Terre-Mère un passé. Là, nous sommes avec une identité retrouvée. Là, nous sommes avec l’Etre
africain. Ecoutons ces quelques rimes : « Femme nue, femme noire/ Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes
mains bandait mes yeux. /Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi, je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné/ Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un
aigle/ Plus loin : « Femme nue, femme obscure/ Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes
du Mali
» (…) Je ne sais pas si tous les petits écoliers africains lisent encore ce poète incomparable, mais ce que je sais Senghor fait partie de ces Hommes dont l’éclat illuminera longtemps le
panthéon des arts et de la littérature.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Vendredi 23 décembre 2011
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Nous voilà à nouveau – et Dieu soit loué ! – à l’orée d’une année nouvelle. Bizarrement : les heures,
les jours, les semaines passent vite maintenant, comme s’ils attendent cet épilogue calendaire pour nous montrer qu’ils sont capables d’un sprint. D’un bond salutaire. Mais nous n’oublierons
point que 2011 aura été riche en rebondissements socio-politiques. Les peuples se sont levés et ont crié à tous : leur soif de liberté et de démocratie. C’est l’année de Lina Ben Mhenni.
Auteur du blog Tunisian Girl, cette jeune femme de 28 printemps a été l’une des figures majeures qui ont mis fin au régime répressif de Zine el-Abidine Ben Ali. Avec elle, nous en sommes
persuadés, que le militantisme possède encore ses lettres de noblesse. Que rien n’est impossible. Qu’a-t-elle fait d’extraordinaire ? Sinon qu’en étant active sur la Toile : en y
envoyant les écrits, les photographies sur le martyre que vivaient ses compatriotes ; qu’en mobilisant ses potes cyber-activistes autour d’un projet commun, celui d’offrir à leur nation un
vent d’espérance démocratique. Ce qu’ils ont accompli est une œuvre magnifique, gigantesque. Ils ont démontré que la démocratie était un joyau auquel pouvait accepter chaque peuple. Tous, oui
tous, sont conviés au grand banquet démocratique. Dès lors qu’on s’en donne les moyens. Il faut des centaines, des milliers de Lina en Afrique qui, trop souvent à cause de certains de ses fils
irresponsables, inconséquents, de certaines complicités occidentales évidentes, a été privée du développement. Nous ne voulons plus de ce statu quo. Nous le proclamons avec force en la
personne de Lina Ben Mhenni : notre Africaine de l’année !
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Dimanche 18 décembre 2011
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La vie
est bien moche sans Cesaria Evora. Sans la « diva aux pieds nus ». Tant nous nous étions si habitués à sa poésie. Belle comme son île natale, le Cap-Vert. Ensoleillée comme
l’écrin de ses notes de spleen. Apaisée comme le littoral africain. Nous aurions aimé qu’elle soit encore avec nous, qu’elle fasse retentir ses louanges qui célèbrent la vie, le temps qui passe,
qui passe… Diantre ! elle n’est plus ici-bas, notre amie Cesaria ! Elle avait 70 ans. Un âge canonique, diraient certains. Mais ceux qui avaient eu l’infini plaisir de l’entendre le
temps d’un concert, ou dans leur chaumière, ou dans leur fiacre savaient qu’elle dégageait une jeunesse superbe. Puisque tout ce qu’elle scandait rejoignait le présent de ses contemporains. Elle
épousait son temps, incontestablement. Cesaria nous a fait connaître la Morna, et aimer le Sodade. Maintenant, elle est partie. Et danse avec les anges.
Guillaume Camara
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Samedi 17 décembre 2011
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Et le vainqueur s’appelle… Joseph Kabila. Telle est la (surprenante) décision que vient de rendre la Cour
suprême de la République démocratique du Congo à l’issue du scrutin présidentiel qui opposait le président sortant (Joseph Kabila) à Etienne Tshisekedi (photo). Le premier serait donc crédité de
48,95 des voix contre 32,33 pour le second. Auparavant, des voix éminentes (telles celles du cardinal Laurent Monsengwo ou encore du Centre Carter) avaient appelé à l’annulation de cette
présidentielle. Mais visiblement, et en l’espèce, elles n’ont pas été entendues par les hauts magistrats. Elles ont toutes été déboutées. Ces observateurs ont argué le fait que la présente
consultation avait été entachée de fraudes, de trucages, d’éléments invraisemblables. Et que par conséquent qu’il fallait que jaillisse dare-dare la lumière de la justice. De la vérité, tout
simplement. Car doit-on encore le crier sur tous les toits que les Congolais méritent mieux. Tant ils ont connu tant de morts, de longs cycles de guerres contraignant plusieurs d’entre eux à
embrasser l’exode. Tout cela la faute à leurs exécutifs irresponsables qui n’ont jamais cherché à se préoccuper avec fougue, avec probité, avec efficacité, de leurs problèmes de pauvreté et de
développement. Un temps, la communauté internationale est venue au chevet du Congo. Mais pas comme l’attendaient ses vaillantes populations. Puisque certaines femmes originaires de Kivu ont été,
cyniquement, affreusement, violées par les militaires onusiens venus pacifier la région. Le nouveau millénaire a déjà entamé sa longue marche : et le Congo attend toujours le messie qui
l’aidera à l’emprunter. Avec espérance.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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