Vendredi 30 mars 2012
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En totalisant plus des deux tiers des voix, l’on peut dire avec justesse que la victoire de Macky Sall à la présidentielle sénégalaise a été un réel plébiscite. Bien sûr,
ce triomphe, on s’y attendait un peu. Car après le ralliement de ses amis de l’opposition, au premier tour, on savait que M. Sall allait bénéficier d’un report de voix, d’une arithmétique
favorable capable de déclencher un changement à la tête de l’exécutif. Et c’est ce qui s’est réellement passé (…). En outre, on sentait, dans les chaumières sénégalaises, un profond désir de
rompre d’avec la période wadienne, marquée notamment par un net recul du point de vue des institutions démocratiques. Abdoulaye Wade voulait inventer une démocratie des caprices contre une
démocratie des exigences, une démocratie de la famille contre une démocratie des citoyens. Voilà ce qui aura été son erreur cardinale. La raison aussi des tensions politiques et sociales ayant
embrasé le Sénégal avant le rendez-vous des urnes. Macky Sall scelle une nouvelle ère. Avec lui, le jeu démocratique de la patrie de Senghor retrouve sa marche normale, prosaïque, superbe, celle
qui a toujours fait sa singularité dans le continent noir. Il est ce Messie discret, ce polyglotte, ce travailleur qu’on attendait, celui qui, auréolé de son titre de président de l’Assemblée
nationale, osa commettre une scélératesse en convoquant le fils de son ancien maître afin que ce dernier donne des explications sur ses actions au service de l’Etat. Pourra-t-il répondre avec
brio à toutes les attentes, à toutes les espérances dont il est porteur ? Nul ne le sait. Attendons de voir. Toutefois qu’il n’oublie pas d’être digne de ce peuple - qui l’a élu - et dont
les maux se résument par ce triptyque simple : cherté de la vie, pauvreté et chômage.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Samedi 3 mars 2012
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Tout porte à croire qu’il y aura bien un deuxième tour à l’élection présidentielle sénégalaise. Un scénario que
les partisans d’Abdoulaye Wade n’avaient guère envisagé ou refusaient d’envisager. Comme s’ils vivaient dans une espèce de bulle leur obstruant le champ du réalisme le plus banal ; la victoire,
ils la croyaient immédiate, rapide et large. Or toute élection démocratique charrie une part de mystère. Et ce mystère, c’est Macky Sall (photo) qui, aujourd’hui, en apprécie les délices. Lui que
personne n’attendait : le voilà opposé au « Vieux », à son ancien mentor. Arrivera-t-il à le terrasser, à l’écarter politiquement et définitivement, comme le souhaitent tant d’observateurs ?
Arithmétiquement, il peut y arriver. A condition que ses amis de l’opposition (Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et Idrissa Seck) lui filent les voix nécessaires, mutualisent leurs forces et
leur zèle. Sans cela, Wade poursuivra son règne contesté. Clamera la justesse de ses prophéties. Marqué par l’orfèvrerie poétique de Léopold Sedar Senghor et archi-dépendant de l’aide bilatérale,
ce pays vit un moment crucial de son histoire politico-sociale. Là-bas, on en a ras-le-bol de ces coupures d’électricité récurrentes. De ce président qui a fait usage d’un tripatouillage
constitutionnel pour se maintenir. De ce chantre d’une République idéale dont l’entourage a été impliqué dans l’affaire Ségura, du nom de ce haut fonctionnaire du FMI (Fonds monétaire
international) qui avait reçu lors de son départ une valise contenant 100.000 euros et 50.000 dollars. Sans oublier l’érection d’un monument moche et coûteux, appelé Renaissance africaine. Mais,
attention, tout n’est pas nullissime dans le bilan wadien. On y trouve la réalisation de quelques routes et cette volonté de libéraliser davantage les entreprises privées. Le péché fondamental de
Wade est d’avoir voulu faire un mandat de trop.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Publié dans : politique
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Jeudi 23 février 2012
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Le week-end dernier, la Ville éternelle était en consistoire. Cet acte par
lequel le souverain pontife crée les cardinaux, c’est-à-dire ses principaux conseillers qui, un jour, seront amenés à désigner son successeur. Comme d’habitude, tout était soigneusement organisé, minuté, planifié, pour que la cérémonie soit si belle. Comme
d’habitude aussi, la liturgie était remarquable de splendeur et de majesté. On célébrait, là, Dieu en ces hommes qui, pour la première fois, recevaient la barrette et l’anneau cardinalices :
leur double dignité. Désormais, avec ces deux symboles, ils sont appelés à porter le message du Salut. A le défendre jusqu’au martyre. Quelle redoutable mission ! Quelle tâche
gigantesque dans un monde, où, justement, la quête de l’Invisible n’est plus la première des préoccupations humaines ! L’Homme contemporain est plutôt attiré par l’argent, le pouvoir ou
encore l’hédonisme. Mais revenons vite sur l’un des temps forts de cette fête du cardinalat. Notamment le moment où fut proclamé l’Evangile. La scène qui en était la trame parlait des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean (Mc, 10, 37) « qui poursuivent
encore des rêves de gloire auprès de Jésus » et lui demandent « accorde-nous (…) de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche ». Face à cette attitude des deux frères,
Benoît XVI a livré une méditation mettant en relief « le service de Dieu et des frères, le don de soi : c’est là la logique que la foi authentique imprime et développe dans notre
vécu quotidien et qui, par contre, n’est pas le style mondain du pouvoir et de la gloire. » Alors que ces dernières semaines, certains médias italiens colportaient des rumeurs sur la
supposée mauvaise gestion financière et administrative de la Cité du Vatican. On soulignait même qu’en raison d’un rapport « très conflictuel » le pape-théologien s’apprêtait à
remplacer son secrétaire d’Etat actuel, le cardinal Tarcisio Bertone, par le cardinal-archevêque de Milan, Angelo Scola. Que croire ? Qui croire, vraiment ? Quand on sait que chez le vicaire du Christ, à qui l’on a confié le mandat
supérieur de tenir la barque de l’Eglise, la discrétion est d’or.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Dimanche 19 février 2012
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08:34
Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan (photo), a vraiment du pain sur la planche. Souverainement assis
dans sa cathèdre de premier magistrat du premier pays d’Afrique par sa population - 155 millions d’habitants - il est aujourd’hui confronté à une sorte de radicalisme islamique, incarné par Bokom
Haram. Mi-janvier, il a convié la presse pour s’en expliquer largement. Fort bien. Le seul hic
est qu’il ait voulu faire à l’occasion de cette glose présidentielle un rapprochement entre 1966 et 2011, entre les évènements de Biafra et les attaques meurtrières de la secte Bokom Haram. Or
nous sommes face à deux problématiques complètement distinctes. Distinctes par leurs objectifs. Distinctes également par leurs implications. D’abord un petit voyage dans l’histoire.
Le conflit biafrais débute officiellement le 20 mai 1967, avec la sécession de la région orientale qui
s’auto-proclame République. Entre-temps, un blocus terrestre et maritime est imposé à cette aire géographique par les troupes gouvernementales. Ce qui signera le commencement d’une famine.
D’une tragédie humanitaire qui fera au total deux millions de victimes. S’agissant de Boko Haram
(traduction en haoussa : l’éducation est un péché ), là, on a plutôt affaire à une bande d’intégristes, de fous de Dieu qui souhaitent renverser le gouvernement fédéral afin
d’instaurer la charia sur tout le territoire. Pour cela, ils sont prêts à semer la terreur et la mort. A incendier les églises, à tuer leurs compatriotes chrétiens vivant dans le nord du pays et
ne partageant pas la même foi qu’eux. Aussi faut-il le souligner qu’ils entretiennent des liens avec les Shabbab de Somalie et Al-Qaïda au Maghreb islamique. Vous voyez donc M. Jonathan, eu égard à cette démonstration, qu’il y a eu chez vous une erreur d’exégèse. Mais, bon, je ne
vous en veux pas. Je suis un ami de la sagesse latine : Errare humanum est.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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Mardi 31 janvier 2012
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21:58
Jusqu’à une date récente le Sénégal apparaissait aux yeux du monde comme un baromètre fondamental en matière de démocratie en Afrique. Mais les événements actuels
démontrent qu’on est bien loin de cette perception flatteuse. Qu’il y a désormais, un autre Sénégal, celui d’Abdoulaye Wade, celui qu’on peut contester. Parce qu’il n’offre plus le triomphe d’une
symphonie démocratique que, patiemment, courageusement, Léopold Sedar Senghor s’était évertué à composer pour sa patrie bien-aimée. Wade a démoli donc ce qu’avait construit cet illustre
prédécesseur. Il le fait en osmose avec les hauts magistrats qui en catimini ont donné quitus à sa candidature pour une nouvelle présidentielle. Avaient-ils le choix, ces hommes en toge ?
Pouvaient-ils dire autrement le droit ? En vérité, ils n’ont fait que proclamer les délices d’une constitution tripotée, remaniée, abaissée, ébranlée pour la gloire d’un seul nom :
Wade. Le « Vieux ». On aurait pensé que l’âge canonique venant, ce dernier ne se serait pas servi des stratagèmes infâmes pour se
maintenir. Qu’il choisirait l’horizon de la retraite et donnerait ainsi la chance à un autre, plus jeune que lui, plus bouillant que lui, voire plus compétent que lui, d’esquisser un nouveau
chemin pour la cité sénégalaise. Quand viendra le temps de l’analyse et de la glose pour les historiens, on ne trouvera que deux viles choses dans les années wadiennes : d’abord le
tripatouillage constitutionnel, ensuite l’érection d’un monument moche et coûteux, appelé Renaissance africaine. Archi-dépendant de l’aide bilatérale, archi-pauvre aussi par son sous-sol,
le Sénégal a vraiment besoin, aujourd’hui, d’un Moïse probe, franchement démocrate et patriote, qui s’attaquera aux nombreux défis posés par son développement.
Guillaume Camara
Par AFRICANUS
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